Au travail! @ Kaléi

Pour son second dossier thématique, Kaléi se penche sur ce moment particulier que représente l'entrée dans le "Monde du Travail"

Mar 28

Stage obligatoire, s’il vous plaît !

COMMENTAIRE

Les études, c’est bien beau ! Mais encore faut-il pouvoir en sortir… Quelles opportunités s’offrent aux jeunes diplômés ? Quelles portes leur sont ouvertes pour intégrer le monde du travail ? La réponse est quasi-unanime : les stages. Rémunéré ou non, stage « photocopie » ou vraie formation, antichambre d’un poste ou simple parenthèse, quel que soit le type d’entreprise, c’est souvent un passage obligé.

Ce système soulève pourtant de nombreuses interrogations. En effet, dans les salons de rencontre entre jeunes diplômés et entreprises, les représentants du monde du travail poussent souvent les étudiants à entreprendre un stage, leur suggérant parfois que les personnes embauchées dans leur service sont presque toutes passées par là. Oui, mais si cela ne marche pas ? Si le stage ne se solde pas par une embauche ? Faut-il alors faire un stage pour chaque CV envoyé ? Le stage  est-t-il en passe de devenir un acte de candidature ?

La période post-stage n’est pas toujours rose. Plus on s’investit pour convaincre nos « employeurs » de nous garder, plus l’annonce de la fin de l’aventure peut s’avérer difficile. Après s’être « donné à fond » pendant trois à six mois, gratuitement ou pour un salaire de misère 1, il n’est pas si évident de trouver l’énergie et la motivation pour tenter impressionner un autre employeur potentiel.

Pas question ici de prétendre que, tout droit sortis de l’université, les jeunes diplômés méritent un salaire de ministre ou une place garantie à vie, mais ne serait-il pas normal qu’après plusieurs années d’études supérieures et alors qu’ils ont déjà près de 25 ans, ils puissent recevoir de quoi vivre ? Ce mode de sélection à travers des stages est discriminatoire, tout le monde ne pouvant pas se permettre de travailler six mois pour presque rien.

Le minimum, dans tout les cas, serait de pouvoir offrir une rémunération symbolique pour les stages qui s’étalent sur plusieurs mois. Et même là, beaucoup de chemin reste à faire. De nombreuses ONG ou organisations internationales ne versent absolument rien à leurs stagiaires. Pourtant, l’ONU, pour ne citer qu’un exemple, aurait bien les moyens de verser ne serait-ce que 500 CHF par mois à tous ceux qui travaillent pour elle. Pour une organisation qui défend les droit de l’homme, ce type de pratique est on ne peut plus critiquable. Le bénévolat est une activité louable, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Ces stages en organisations internationales ou non gouvernementales s’étalent souvent sur 3 à 6 mois, à plein temps.

Au sein de certaines ONG, le stage non payé est presque devenu une institution. Le programme Syni de la Ville de Lausanne propose, par exemple, de fournir aux ONG des jeunes diplômés, payés par le chômage. A Genève, des opportunités de ce type existent dans le cadre d’emplois temporaires financés par l’Etat. Mais les critères d’attribution semblent un peu plus stricts que chez Syni. Ce processus tout à fait légal permet aux ONG d’étendre leurs activités sans pour autant devoir embaucher. La plupart des jeunes qui s’engagent ainsi espèrent pourtant pouvoir bénéficier d’un poste  à leur sortie.

Salaire, sécurité de l’emploi, niveau de formation proposé, ne serait-il pas temps de légiférer afin d’offrir aux stagiaires un statut décent ?

1 Pour un stage à temps plein dans une grande entreprise de distribution, le salaire mensuel versé est de 1800 CHF à 2000 CHF, soit 11,25 CHF à 12,50 CHF de l’heure.

Tout le dossier “Au travail!” ICI

Elsa (voir sa page) et Cristiana (voir sa page)


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